L’anorexie mentale

Si l’anorexie mentale semble se développer de façon privilégiée dans nos sociétés modernes et consuméristes, et n’est pas sans rapport avec l’idéal féminin promu par les médias et le milieu de la mode, la dialectique qui régit cette pathologie ne peut cependant s’y résumer.

L’anorexique s’inscrit en effet le plus souvent dans une dynamique de négation, négation en apparence de la faim, mais plus profondément dans la négation du désir. Dans une perspective psychanalytique, le sujet anorexique, souffre avant tout d’une captation parentale, dont il introjecte volontiers le désir, les attentes, et les exigences souvent exacerbées et toujours insatisfaites. Celles-ci feront lit, par identification, à un Surmoi archaïque, tyrannique et sadique, qui n’aura de cesse d’alimenter leur profond sentiment de mésestime et de culpabilité.

En refusant de se nourrir, et en signifiant son indépendance à la nourriture, l’anorexique signifie ainsi son indépendance à l’Autre et à ses attentes oppressantes. Ce refus de se nourrir répond aussi fantasmatiquement à un besoin de contrôle, sur le corps, mais aussi sur la vie pulsionnelle de façon plus générale, souvent culpabilisante pour le patient anorexique. La répression des affects et du désir, est généralement compensé par un surinvestissement de l’intellect, favorisant une scolarité souvent brillante, ainsi que de l’activité physique, dont l’abus, couplé aux carences nutritionnelles, peut constituer un réel danger.

Il importe de préciser que l’anorexie mentale concerne le plus fréquemment les femmes. Leur constellation familiale se caractérise souvent par une lignée maternelle forte (mère et grand-mère), qui entretiendrait au travers de leur discours, un déni de la fonction paternelle, et du rôle de l’homme dans une plus large mesure. Cet évincement du père s’accompagne d’un déni du désir et d’une culpabilisation de toute sexualité, que le sujet anorexique incarnera volontiers en abrasant tous caractères sexuels secondaires consécutifs à la puberté.

On rencontre cependant aussi des hommes souffrant d’anorexie mentale. Si les ressorts sous-jacents peuvent différer d’un patient à l’autre, il semblerait que la captation culpabilisante des attentes parentales, constituent un dénominateur commun, entretenant un sentiment vivace d’effraction psychique.