Perversion narcissique

On qualifie de perversion narcissique, un aménagement de la personnalité, qui se caractérise par un ego pathologique et une pathologie du lien, visant à attaquer le narcissisme d’autrui, et se valoriser à ses dépens. Ce rapport à l’autre, hautement toxique pour l’entourage, constitue avant tout un mécanisme de défense, visant à expulser les conflits intra psychiques, en les « déposant » chez autrui.

Cet aménagement de la personnalité a longuement été étudié par Paul-Claude Racamier, dont les écrits ont apporté un éclairage passionnant quant au rapport qu’il entretient avec la schizophrénie, dont il constituerait l’envers du décor. Sa longue expérience avec les patients schizophrènes lui a effectivement permis de repérer l’influence pathogène des mécanismes pervers, dans la genèse de la « maladie ».

Là où les mécanismes de défense du névrosé se caractérisent principalement par le refoulement, le psychotique par la reconstruction délirante, le paranoïaque par la projection, le pervers narcissique va quant à lui injecter ses conflits à ses victimes, qui se retrouveront malgré elles et à leur insu, porteuses d’affects et d’émotions qui ne leur appartiennent pas, déstructurant le psychisme de l’intérieur. La dévalorisation, le sous entendu toxique, le double bind, la paradoxalité, la manipulation, l’instrumentalisation des sentiments de honte et de culpabilité, sont autant d’outils auxquels aura recours le sujet pervers pour arriver à ses fins, préservant ainsi son ego surdimensionné de tout ce qui pourrait entacher sa toute-puissance. Ce seront évidemment les proches, et plus précisément ceux qu’il aura choisi pour proie, qui en paieront l’addition. Ce mode de fonctionnement, hautement toxique, sera vécu par la victime comme une effraction, à l’image d’un viol psychique.

Le terme de harcèlement moral, popularisé par Marie-France Hirigoyen, dans son ouvrage éponyme, a grandement participé à la vulgarisation du concept de perversion narcissique, dont l’usage est parfois de nos jours abusif et galvaudé.